Parents épuisés, jeunes adultes perdus : quand la charge mentale se transmet
On parle beaucoup de la charge mentale des parents, beaucoup moins de la manière dont elle se transmet aux jeunes adultes. Cet article explore ce mécanisme discret qui pèse sur les 20‑30 ans et propose des pistes pour sortir de ce brouillard hérité, des deux côtés de la relation.
La charge mentale ne disparaît pas à 18 ans, elle change simplement de visage
Longtemps, on a cru qu'à partir de la majorité, chacun repartait avec son propre bagage, comme si les compteurs émotionnels étaient remis à zéro. C'est une illusion confortable. En réalité, ce qui se joue dans les familles déborde largement sur la vie des jeunes adultes : manières de décider, rapport au travail, peur de manquer, difficulté à dire non.
Au fil des coachings, une évidence se dessine : nombre de 20‑30 ans portent non seulement leurs propres doutes, mais aussi des inquiétudes qui ne leur appartiennent pas. C'est ce que j'appelle, par raccourci, la charge mentale héritée.
Quand l'inquiétude parentale devient un bruit de fond permanent
La bonne intention qui se transforme en pression invisible
Les parents d'aujourd'hui sont souvent très impliqués. Ils veulent 'le meilleur' pour leurs enfants, et c'est sincère. Mais à force de s'inquiéter pour tout (l'orientation, les études, les stages, les loyers, la stabilité), l'angoisse finit par devenir un décor. Le jeune adulte grandit avec cette sensation latente : 'ma vie est un sujet de préoccupation permanente pour mes parents'.
Résultat ? Deux réactions fréquentes :
- Soit il sur‑s'adapte, en essayant d'être le plus rassurant possible, au prix de ses propres envies.
- Soit il coupe brutalement, pour respirer, ce qui laisse souvent tout le monde meurtri.
Dans les deux cas, la charge mentale ne disparaît pas. Elle se déplace simplement : du parent au jeune, ou de la relation au silence.
Une peur de l'échec qui ne vient pas de nulle part
Combien de jeunes adultes me disent en séance : 'Je ne veux surtout pas décevoir mes parents' ? Même lorsque ces derniers ont un discours ouvert, bienveillant, sans pression explicite. La peur de décevoir est parfois construite depuis longtemps, au fil des années de suivi scolaire, de bulletins commentés, de discussions anxieuses sur l'avenir.
Le travail de la psychologue clinicienne Lise Barthélémy, relayé par des publications de la Fédération Française des Psychologues, montre clairement ce lien entre l'anxiété parentale et la difficulté des jeunes à se sentir autorisés à expérimenter, se tromper, bifurquer. Quand l'échec est vécu comme un drame familial, la moindre prise de risque devient terrorisante.
Les jeunes adultes ne sont pas seulement 'fragiles', ils sont saturés
Porter sa propre vie et celle de ses parents
Beaucoup de 20‑30 ans arrivent en coaching avec ce mélange étrange : un grand besoin de liberté et une loyauté massive envers leur famille. Ils veulent choisir leur voie, mais vérifient inconsciemment, à chaque pas, si leurs parents seront rassurés.
Ce tiraillement est énergivore. Il explique en partie ce sentiment de fatigue, parfois de lassitude, chez des jeunes pourtant en bonne santé physique. Ils doivent à la fois :
- Gérer les enjeux classiques de l'entrée dans la vie adulte (job, logement, couple).
- Encoder des messages familiaux parfois contradictoires ('sois heureux' mais 'sois prudent', 'fais ce que tu aimes' mais 'ne prends pas trop de risques').
- Préserver les équilibres émotionnels de leurs parents, souvent eux‑mêmes sous pression.
On est loin de l'image caricaturale du jeune 'désengagé'. On est face à une génération qui porte beaucoup, parfois trop.
Ce que vivent aussi les parents (et qu'ils n'osent pas toujours dire)
Il serait injuste de poser les parents en seuls responsables. Eux aussi sont pris entre plusieurs feux : pression professionnelle, exigences économiques, vieillissement de leurs propres parents, inquiétudes pour la planète, etc. Leur charge mentale est réelle, souvent écrasante.
Quand j'accompagne des parents de jeunes adultes, beaucoup avouent en creux : 'Je suis épuisé, et je n'ai plus toujours l'énergie d'être le parent idéal'. Cette fatigue les rend parfois plus intrusifs (par peur) ou plus absents (par saturation). Et la boucle se referme.
Comment desserrer cette chaîne, des deux côtés ?
Côté jeunes adultes : reprendre la responsabilité de ses choix
Reprendre la responsabilité ne veut pas dire culpabiliser. Cela signifie accepter une chose un peu rude : vos parents ne seront probablement jamais totalement sereins, et ce n'est pas à vous de leur offrir cette sérénité en sacrifiant vos envies.
Un travail de coaching peut aider à :
- démêler ce qui relève de vos désirs et ce qui relève de la loyauté ;
- apprendre à dire 'je' sans se justifier pendant trois heures ;
- poser des limites claires, notamment sur les sujets où la pression parentale est la plus forte (orientation, couples, argent).
Notre article Et si la clé, c'était être soi ? aborde justement cette question de l'authenticité face aux attentes extérieures.
Côté parents : apprendre à accompagner sans se sacrifier
Pour les parents, l'enjeu est de taille : rester présents sans étouffer, guider sans diriger, comme nous l'avions développé dans Parents et jeunes adultes : comment accompagner sans étouffer ?. Concrètement, cela peut passer par :
- Nommer sa propre fatigue, au lieu de la laisser déborder en inquiétudes incessantes.
- Accepter de ne pas tout savoir de la vie de son enfant adulte (et c'est très bien ainsi).
- Se faire accompagner soi‑même, pour déposer une partie de la charge mentale ailleurs que sur les épaules de son fils ou de sa fille.
Des ressources existent pour les familles, notamment via le portail du service-public.fr et les dispositifs d'écoute psychologique. Mais il y a encore un tabou : celui de reconnaître que l'on est dépassé par ce que vivent ses enfants, même devenu adultes.
Créer un tiers‑lieu émotionnel : l'intérêt du coaching en groupe
Ce que nous constatons à La Librerie Coaching, c'est la puissance des espaces où les jeunes adultes peuvent parler librement de leurs parents, de leur loyauté, de leur agacement, sans être ni jugés ni infantilisés. Les programmes en petits groupes, à Paris 17e, deviennent souvent ce 'tiers‑lieu' émotionnel.
Les jeunes y découvrent qu'ils ne sont pas seuls à jongler avec ces héritages invisibles, et surtout qu'ils ont le droit de se positionner sans couper les liens. Il est possible de rester relié tout en se désengageant de certaines charges qui n'appartiennent pas à sa génération.
Et maintenant, on fait quoi de tout ça ?
Si vous êtes un jeune adulte et que vous sentez que vous portez plus que votre propre vie, vous pouvez commencer par un geste simple : écrire, pour vous, ce que vous acceptez encore de porter, et ce que vous décidez de rendre à l'envoyeur, symboliquement. Ce n'est pas magique, mais c'est un début.
Si vous êtes parent, vous pouvez avoir le courage d'une conversation honnête avec vous‑même : jusqu'où votre inquiétude aide‑t-elle vraiment votre enfant, et à partir de quand le freine‑t-elle ? Reconnaître cela n'est pas un aveu d'échec, c'est un signe de maturité.
Et si, de part et d'autre, vous sentez que ces sujets sont trop lourds pour être abordés seuls, il existe des espaces faits pour cela. Chez nous, ce sont les programmes en présentiel, pensés pour donner aux jeunes adultes un cadre solide, et offrir aux parents une vraie respiration. Le premier pas peut être modeste : simplement s'informer, ou envisager de réserver un coaching. Personne ne peut supprimer la charge mentale d'un claquement de doigts, mais on peut décider, ensemble, qu'elle ne se transmettra pas à l'infini.